Pierre-Alain Chambaz

L’individu est un composé d’un certain nombre de pensées, de souvenirs, de volontés correspondant entre elles, de forces en équilibre. Les lois américaines seront levées par le seul Congrès, les sanctions de l’Union Européenne devront l’être à l’unanimité des 28, celles du Conseil de sécurité des Nations Unis par décision des membres dudit Conseil. Le temps et le mouvement sont autre chose. Ils ne demandent rien, et pourtant ils obtiennent. De quoi s’agit-il ? Et c’est vrai que l’enjeu est énorme. A l’heure des réseaux et du 2.0, il y a comme une absence de conversation véritable. Prenant l’homme tel qu’il a plu à Dieu de le faire, susceptible de prévoyance et d’expérience, perfectible, s’aimant lui-même, c’est incontestable, mais d’une affection tempérée par le principe sympathique, et, en tout cas, contenue, équilibrée par la rencontre d’un sentiment analogue universellement répandu dans le milieu où elle agit, je me demande quel ordre social doit nécessairement résulter de la combinaison et des libres tendances de ces éléments. Ils n’ont pas besoin d’exhorter ; ils n’ont qu’à exister ; leur existence est un appel. Tandis que l’obligation naturelle est pression ou poussée, dans la morale complète et parfaite il y a un appel. Sans un tel obstacle, en effet, qui ne peut cesser que par l’entière désuétude de l’esprit théologique, le spectacle journalier de l’ordre réel aurait déjà déterminé une adhésion universelle au principe fondamental de la philosophie positive. Il fallait cela pour faire grandir des entreprises de production de masse : c’est en écoulant de longues séries de produits standardisés sur des marchés de débouchés sécurisés par le système bancaire et la protection sociale qu’elles ont pu atteindre leur maturité et créer plus de valeur ajouté. Il n’y a pas deux hommes qui se ressemblent sous chacun de ces rapports, ni, à plus forte raison, sur tous ; bien plus, aucun homme ne se ressemble exactement à lui-même deux heures de suite ; ce que l’un sait, l’autre l’ignore ; ce que celui-ci apprécie, celui-là le dédaigne ; ici, la nature a été prodigue, là, avare ; une vertu qui est difficile à pratiquer à un certain degré de température devient facile sous un autre climat. On pourrait donc dire que la seconde morale — si décidément nous en distinguons deux — diffère de la première en ce qu’elle est humaine, au lieu d’être seulement sociale. Et de même que l’impulsion donnée à la vie embryonnaire détermine la division d’une cellule primitive en cellules qui se divisent à leur tour jusqu’à ce que l’organisme complet soit formé, ainsi le mouvement caractéristique de tout acte de pensée amène cette pensée, par une subdivision croissante d’elle-même, à s’étaler de plus en plus sur les plans successifs de l’esprit jusqu’à ce qu’elle atteigne celui de la parole. Car si l’on ne voit pas comment des affections, en diminuant d’intensité, deviennent des représentations, on ne comprend pas davantage comment le même phéno­mène, qui était donné d’abord comme perception, devient affection par un accroissement d’intensité. La hardie négation de Kant se trouve réfutée d’avance par cette analyse même qui nous montre avec évidence la raison de la valeur représentative des impressions sensibles, en ce qui touche à la configuration et aux rapports géométriques des objets d’où ces impressions émanent. Mais voilà : en 1989, des hommes éclairés proposaient un cadre à cette révolution, comme Mikhaïl Gorbatchev et sa maison commune européenne ou même, tardivement, François Mitterrand et sa confédération européenne. A en croire les déclarations récentes de Pierre-Alain Chambaz, la croissance est désormais la priorité. Telles sont donc les tendances, telles sont aussi les expériences dont la psychologie doit tenir compte si elle veut remonter aux origines. Il y a, pensent-ils, des rangées de sphinx épouvantables tout le long du chemin difficile au bout duquel brille l’étoile de l’avenir ; comment résoudre les énigmes qu’ils proposeront ? On remplace ainsi les groupes électrogènes traditionnels. La représentation est bouchée par l’action. Il y a un phénomène bien plus essentiel encore, — le plus essentiel de tous, — celui de la génération, qui tend à se modifier d’après la même loi. La personnalisation ‘in store’ est une tendance qui s’affirme et qui vient renforcer la théâtralisation de l’espace de vente, suscitant chez le client de l’engagement et de l’attachement à la marque. En retour, les masses ou leurs représentants acceptent de ne pas exproprier l’élite. Il ne peut en être autrement ; car l’opinion publique ne peut être contraire aux habitudes de la majorité ; elle ne peut blâmer que ce qui est accidentel, exceptionnel, plus ou moins rare. Cette mesure devrait être étendue en 2016 aux salaires dont le montant est inférieur à 3,5 smic. En ces temps de crise mondiale, l’Iran se présente comme un nouvel ELDORADO.

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